GOUVERNEMENT
PROVISOIRE KABYLE
CEREMONIE
D’INSTALLATION DU GPK
DISCOURS
PRESIDENTIEL INAUGURAL
Honorables
invités, très chers compatriotes.
Le cours de
l’histoire de la Kabylie a enfin son aboutissement. Aujourd’hui est un très grand
jour pour nous. Toutes les entreprises politiques kabyles depuis 1857
cherchaient inlassablement, dans les ténèbres, la voie vers ce grand jour
auquel nous sommes en train de donner naissance, cette lumière que nous sommes
en train d’allumer ensemble à travers cette cérémonie officielle d’installation
du premier gouvernement kabyle moderne. Même si cela se fait à partir de cette
terre de liberté qu’est la France que nous remercions pour son hospitalité,
grâce à la force des médias et des nouvelles technologies qui anéantissent
magiquement les distances, la Kabylie en est largement éclairée. Oui, le
Gouvernement Provisoire Kabyle, plus qu’une lueur d’espoir, est un jour nouveau
qui se lève sur le peuple kabyle, sur les villages, les villes et les majestueuses
montagnes de la Kabylie.
A cette
occasion, permettez-moi d’inviter à ce moment d’émotion, fadma
N soumer, Cheikh Aheddad et
Mokrani, Said Boulifa, Belaid At Ali, Si Moh U Mhand et Cheikh Mohand U Lhusin, Lvacir Amellah, Amar Imache, Ali Laïmeche, Bennaï Ouali, Amar At Hamuda, M’Barek At Mangellat, Abane
Ramdane, Amar At Chikh, Amirouche, Abderrahmane Umira, Mouloud Feraoun, Krim Belkacem, Taos Amrouche et sa
famille, Ali Mecili, Mouloud Mammeri, Tahar Djaout, Mbarek Mahiout, Rachid Tigziri, Tahar Oussedik, Mahfoud Boucebci, Kamira Nait Sid, Mustapha Bacha, Smail
Yefsah, Hamid Mahiout, Muhand U Harun, Matoub Lounes, Bessaoud Mohand Arav et tant d’autres encore dont, par ignorance ou par
étourderie, je n’ai pu citer, ici, le nom et devant lesquels je m’excuse.
Permettez-moi
d’inviter à cette cérémonie du Jugement de l’Histoire pour leur rendre justice,
les victimes kabyles du Printemps Noir, de Guermah
Massinissa à Kamel Irchane, ce jeune qui, dans son
ultime effort et avant de tomber sous les balles des gendarmes algériens, écrit
sur un mur, avec son propre sang le mot LIBERTE.
Permettez-moi,
enfin à titre personnel, de mettre à mes côtés, mon fils Ameziane
assassiné à l’âge de 30 ans, pour me châtier d’avoir osé la liberté du peuple
kabyle.
Honorables
invités, Ayssetma Aytma,
Nous sommes
un peuple qui chérit la liberté depuis la nuit des temps. Tout le long des
siècles, nous nous sommes organisés en républiques villageoises, confédérées
selon les besoins de l’époque et les vicissitudes de l’Histoire. Tamurt N Yeqvayliyen a de tout
temps préféré la liberté de chacun au joug de tous. Ses enfants s’unissent
toujours face à l’ennemi, face au malheur et à l’adversité et s’en retournent à
leurs libertés individuelles et collectives une fois la menace écartée. Notre
attachement à la liberté était et demeure consubstantiel à notre culture
qui nous prémunit contre le crime et la délinquance au point de n’avoir jamais
jugé nécessaire de bâtir une prison. Nous les Kabyles, nous sommes un grand
peuple.
Basé sur la
tolérance religieuse et le respect des droits individuels et collectifs, nous
n’avons pas connu de guerres de religion et nous sommes les premiers surpris
par la fulgurante émergence de l’intolérance islamiste autour de la Kabylie.
Nous avons
toujours été altruistes et généreux.
Au lendemain
du 5 juillet 1830, même si nous n’avions jamais reconnu le Dey d’Alger et la
Régence Turque, nous n’avions pas hésité à porter secours au voisin algérois
pour empêcher le débarquement français à Sidi Ferruch.
Le 14 octobre
1839, le Général Shneider, Ministre français de la
guerre créa par décret l’Algérie. En 1848 celle-ci était partagée en
départements dont ne faisait pas encore partie la Kabylie. L’Algérie et la
Kabylie avaient bien existé distinctement l’une de l’autre avant 1857. Toutefois,
nous considérions et continuons de considérer que notre environnement immédiat
fait partie de notre espace de sécurité, de liberté et de prospérité
économique.
En 1926, nous
avions créé l’Etoile Nord-Africaine pour décoloniser toute l’Afrique du Nord. Pour
autant, le Maroc et La Tunisie qui en font naturellement partie n’ont, jusqu’à
aujourd’hui, aucune prétention territoriale sur la Kabylie. Le Mouvement
indépendantiste algérien était majoritairement kabyle même si son commandement
était volontairement confié à Messali Hadj,
originaire de Tlemcen. La guerre pour l’indépendance de l’Algérie, reposa pour
l’essentiel sur la Kabylie qui en paya le prix le plus fort. La 7e
Wilaya, la Fédération de France était animée et financée à plus de 80% par des
Kabyles.
En
1962, l’Algérie accéda à son indépendance et la Kabylie à un nouvel enfer. Niée
dans son existence, c’est avec le langage de l’époque, celui des armes, que la
Kabylie exprima sa volonté de liberté et d’existence le 29/09/1963. Exténuée
déjà par la guerre d’indépendance, pour son malheur, elle dut s’incliner devant
les armées des frontières qui n’avaient pas passé leur temps comme elle à
affronter les forces militaires coloniales.
Depuis sa
défaite, la Kabylie est désignée à la vindicte nationale. Pour camoufler sa
gabegie, sa dictature, les innombrables violations des droits de l’homme, la
rapine et le régionalisme, le régime algérien, de Ben Bella à Bouteflika, a
fait de l’épouvantail kabyle l’élément fédérateur autour de lui.
Niés dans
notre existence, bafoués dans notre dignité, discriminés sur tous les plans,
nous nous sommes vus interdits de notre identité, de notre langue, et de notre
culture kabyles, spoliés de nos richesses naturelles, nous sommes, à ce jour,
administrés tels des colonisés, voir des étrangers en Algérie.
Qui peut nous
dire aujourd’hui combien de Kabyles furent torturés, assassinés et emprisonnés
pour délit d’identité ?
Qui peut nous
révéler combien de cadres furent bloqués dans leur promotion administrative sur
la simple considération du lieu de leur naissance ?
Combien de
brillants officiers dans l’ANP furent envoyés prématurément en retraite pour
éviter que les Kabyles ne s’accaparent du pouvoir militaire, le vrai pouvoir en
Algérie ?
Qui peut nous
dire combien de projets économiques et financiers furent détournés de la
Kabylie pour les affecter ailleurs ? N’était l’émigration kabyle en
France, on mangerait encore des racines comme au temps de la misère.
Qui peut nous
montrer par les chiffres la pression fiscale exercée sur les commerçants et les
entrepreneurs kabyles pendant que les autres en sont épargnés.
Combien de
bacheliers kabyles jusqu’ici ont été orientés d’office sur des cursus
universitaires religieux ou littéraires contraires à leurs vocations et à leurs
aspirations modernistes ?
Honorables
invités, ayssetma, aytma,
Aujourd’hui,
si nous en sommes à mettre sur pied notre Gouvernement Provisoire, c’est pour
ne plus subir ce que nous endurons d’injustice, de mépris, de domination, de
frustrations et de discriminations depuis 1962. Nous en avons assez
d’être un peuple dominé, agressé et blessé dans notre chair et dans notre âme
par ceux-là mêmes qui ont récolté le fruit de nos efforts de liberté et de
dignité contre le colonialisme.
Nous en avons
assez de les voir s’ériger en nouveaux colons se comportant envers nous en
éternels colonialistes, en ennemis mortels.
La violence
et la répression systématiques du régime contre les élans de liberté de la
vaillante jeunesse kabyle ne peuvent cesser qu’à partir du moment où notre
destin sera enfin entre les mains de la Kabylie.
En 1992, au
début du phénomène islamo-terroriste, la Kabylie en était totalement épargnée. C’était
un pays de paix, de tolérance et de respect des croyances de chacun. Curieusement,
depuis l’accord signé par le pouvoir avec les islamistes en 1996, elle est
devenue le lieu d’investissement militaire des deux camps. C’est à partir de
cette année-là que notre terre natale est transformée en cauchemar d’insécurité
et de banditisme.
Le nombre de
barrages militaires sur les routes de la Kabylie est étrangement proportionnel
à celui des actes terroristes et à la circulation de la drogue.
Ce sont des
terroristes islamistes repentis qui sont envoyés comme prêtres dans les villages
kabyles ou comme nouveaux résidents chez nous, refusant de parler notre langue
ou de respecter notre culture et nos mœurs.
Nos
entrepreneurs et leurs proches sont devenues des proies faciles à des
ravisseurs qu’il serait naïf de croire qu’ils agissent sans complicité au sein
de la hiérarchie sécuritaire, du pays.
Les
investisseurs en Kabylie sont ainsi poussés à la quitter pour d’autres
cieux moins violents.
Bref,
l’Algérie veut détruire un territoire de liberté pour le livrer à
l’obscurantisme et à l’intégrisme islamiste international. L’Algérie veut tuer
le droit à la différence, le droit à la transparence politique et économique à
laquelle aspire la Kabylie.
Le Pouvoir
veut livrer la Kabylie à EL Qaeda pour, pense-t-elle, pourfendre plus
efficacement le monde occidental, le monde de la liberté.
Si nous
mettons sur pied le GPK, c’est pour que les plaies que nous venons d’énumérer
guérissent enfin.
D’abord, nous
nous devons de prendrons notre école en main. Ce n’est pas pour y interdire une
quelconque langue, la Kabylie et ses futures générations auront besoin de la
maîtrise de toutes les langues du monde. Elle doit pour autant s’occuper avant
tout de l’enseignement de la sienne, la langue kabyle.
Nous n’avons
pas le droit de laisser nos enfants à des charlatans et des fanatiques
islamistes qui leur inculquent dans l’école algérienne le désir de la mort,
pour les autres ou pour eux, mais nous avons à leur enseigner l’amour de la vie
et du prochain.
Les sciences
et la technologie, conjuguées à l’ouverture des sciences humaines, feront de
nos universités déjà bondées des lieux de l’innovation et du développement de
l’intelligence humaine au service de notre peuple, de notre environnement
humain et de ‘humanité toute entière.
Nous ne
voulons plus assister chaque été, impuissants, aux feux de forêts que des
gendarmes ou des militaires allument volontairement y compris pour ravager nos
oliveraies La sauvegarde de notre environnement et de sa biodiversité est un
élément vital pour nous, y compris pour lutter contre l’avancée lointaine du
désert.
L’économie en
Algérie est basée sur l’obligation de partenariat avec la hiérarchie
politico-militaire. Si un investisseur n’a plus de « protecteur » il
dépose le bilan aussitôt. Nous voulons faire de la Kabylie un lieu de la libre
entreprise sans pour autant renoncer aux services publics indispensables à
toute société. Le Travail et le mérite y seront particulièrement valorisés.
Nous ne
supportons plus d’aller dans des tribunaux où notre langue est interdite.
Nous voulons
que les projets financés par des dons étrangers ne nous soient plus interdits
par le pouvoir algérien. Dernièrement un don de 500 000$ pour une
opération écologique en Kabylie fut refusé par le gouvernement algérien qui
exige qu’il aille à une autre région du pays.
Nous voulons
des institutions conformes à nos traditions et à notre culture. Le découpage
administratif qui charcute et dépèce petit à petit le territoire kabyle est inacceptable.
Honorables
invités, permettez-moi de m’adresser à mes chers compatriotes kabyles
Ayssetma, aytma,
Notre action
est pacifique. Nous aimons la vie et chérissons la liberté. La dignité humaine
est au centre de nos préoccupations. Nous respectons toutes les valeurs
universelles et la Kabylie en est le cœur en Algérie. Nous installons le GPK
pour défendre nos droits en tant que peuple face à l’Etat algérien qui les
bafoue. Nous avons désormais une égide, un avocat, un instrument au service de
nos intérêts collectifs et individuels. Je vous invite à faire corps avec lui,
à le renforcer et à lui donner de la vigueur. Le GPK est la meilleure création
de la Kabylie depuis la nuit des temps. Faisons-en tous notre propriété, il se
fera notre défenseur, notre protecteur et incarnera notre dignité et liberté. Faisons
en sorte où que nous soyons qu’il soit notre fierté. Participons à ses débats
et à ses actions politiques, diplomatiques et culturelles. Aidons le GPK, il
nous aidera au-delà de nos espérances.
Nos bras sont
ouverts et nos mains sont tendus vers toutes et tous les Kabyles. Nous sommes
des frères quelles que puissent être nos divergences et nos différences
politiques. Cette phase de notre histoire vous interpelle solennellement.
Celles ou ceux qui estiment devoir faire de nous des adversaires se trompent de
cible, de combat et d’alliés. Le peuple kabyle doit aller de l’avant. Il n’a
plus le droit de subir sa propre histoire mais d’en être l’artisan. Nous
n’avons plus à revivre, démunis, des printemps sanglants. Nous avons pour
devoir d’anticiper et de prévoir les écueils et les épreuves pour protéger nos
enfants de la violence armée dont fait usage banal le pouvoir algérien contre
eux. Nous avons droit au respect au même titre que tous les peuples de la
Terre.
Je dois vous
avouer une faiblesse. Nous n’avons pas d’argent. Il serait bon que chacun
cotise autant qu’il peut pour que le GPK vive et qu’il élève puissamment à
travers le monde la voix du peuple kabyle.
Je m’adresse
aussi au reste des Algériens.
Nous sommes
frères de tout le monde à commencer par les Algériens dont nous faisons partie.
Si nous revendiquons notre identité et nos institutions propres comme ce
gouvernement, c’est aussi par respect à vous tous. La différence identitaire
n’empêche ni la fraternité ni la solidarité et encore moins la coopération et
la sociabilité. Les droits que nous voulons pour nous-mêmes, seront aussi des
droits pour vous. Ce que la Kabylie va arracher pour ses enfants pourra vous
servir d’exemple en faveur de vos propres enfants. Les droits que nous
arrachons pour nous ne vous seront pas enlevés à vous, mais au contraire
deviendront un point d’appui pour que vous les ayez un jour. La Kabylie ne vous
lâche pas. Elle se donne juste les moyens aujourd’hui qui lui permettront de
mieux vous aider demain. Respectez la volonté de la Kabylie vous respecterez un
peu plus la vôtre.
Honorables
invités étrangers.
La Kabylie
autonome et le Gouvernement Provisoire Kabyle pourraient devenir l’un des
meilleurs facteurs de stabilité de l’Afrique du Nord. Sa reconnaissance au plan
international donnera une chance supplémentaire à la paix non seulement dans la
région mais également dans le monde. Il n’y aura jamais assez de messagers de
la paix pour l’humanité et la Kabyle aspire à en être un. Nous avons besoin de
votre soutien et de votre aide politique et matérielle car nous sommes
l’antithèse de la violence et du fanatisme.
Si nous
voulons émerger sur la scène diplomatique ce n’est pas sans raison.
Les valeurs
et la culture kabyles constituent une arme sans commune mesure pour le reflux
des idées islamistes et intégristes. Sans aucun moyen autre que nos idées nous
avons empêché le terrorisme international de s’installer chez nous malgré le
soutien que lui garantit le régime. Nous ne lui permettons pas d’avancer. Même
si le pouvoir algérien le couve et l’entretient sur notre territoire, le peuple
kabyle tourne le dos à l’un et à l’autre.
Par ailleurs,
nous ne voulons plus qu’au nom du peuple kabyle et dans son dos des alliances secrètes
et dangereuses pour la liberté et l’humanité se nouent. Je veux parler de cette
alliance tue avec l’Iran, ce pays de Mollahs lancé dans la course à la
prolifération nucléaire, menaçant la sécurité internationale et les équilibres
des forces stratégiques assurant jusqu’ici une relative paix dans le monde.
La liberté de
circulation des personnes et des marchandises doit profiter à tous les peuples.
Il faut que les ressources naturelles ne soient plus accaparées au service des
dictatures et des efforts d’armement pour menacer des voisins plus fragiles.
Honorables
invités, ayssetma, aytma,
Avec
l’émergence du GPK, il y a début de naissance d’un nouveau monde plus libre et
plus paisible. Bientôt d’autres peuples d’Afrique et d’Asie suivront notre
exemple que nous tenons pour partie des Kurdes d’Irak.
En tant que
président du GPK, j’en félicite la Kabylie, l’Algérie, l’Afrique du Nord, le
Bassin Méditerranéen, l’Afrique et toute l’humanité.
Nous voici,
au terme de notre acte de naissance. Mesdames et Messieurs, voici les membres
du GPK.
GOUVERNEMENT PROVISOIRE KABYLE
G—P—K
LISTE
DES MEMBRES DU GOUVERNEMENT
La formation
du GPK obéit à trois contraintes majeures : La confiance, l’équité entre
les trois grandes sous entités régionales kabyles (Tuvirett,
Vgayet et Tizi-ouzou), une
indispensable présence féminine.
1) Ferhat
Mehenni, président
2) Arezki
Boussaid : Ministre des institutions, de
l’administration et de la sécurité (Intérieur)
3) Arezki
At Hemmuc : Ministre
des Relations Internationales
4) Lyazid Abid : Ministre de la
communication, de la justice et des droits humains,
5) Idir Djouder
Ministre de l’économie et des finances, de l’environnement et de l’aménagement
du territoire
6) Lhacene Ziani :
Ministre de la langue kabyle, de l’enseignement, de la recherche
scientifique et de la formation
7) Mouloud
Merhab : Ministre du dialogue et de la médiation
avec la société civile
8) Amgoud Djamila, Ministre de la culture
9) Malika
Mouaci : Ministre de la santé et de la
solidarité
1O) Makhlouf Idri, Ministre de la
jeunesse et des sports, Porte-parole du Gouvernement