ElGuanchePress-Aguere, 26-05-2007
El
status colonial de Canarias vuelve a tratarse en
Desde primeros
de Abril de 1978, fecha en la que estaba previsto que por el Comité de
Descolonización de los 24 de
Hace unos días, pasados por tanto 29 años de aquel
suceso, el status colonial de Canarias vuelve a denunciarse, esta vez por la
brillante intervención del Presidente del Congreso Mundial Amazigh, Lounes Belkacem, en
Belkacem hace una encendida defensa de los pueblos de
A continuación transcribimos en lengua francesa el
contenido íntegro de la intervención de Lounes Belkacem, con la previa traducción al castellano del
apartado referido a Canarias:
“El Archipiélago
Canario, territorio histórico del pueblo autóctono amazigh guanche, es una
colonia española desde el siglo XV. El poder político y la economía del
Archipiélago están dominados por los intereses españoles y los inmensos ingresos de la industria turística son
repatriados a Europa. Ocurre lo mismo con las zonas marítimas del Archipiélago
controladas y explotadas por España y sus aliados. Al mismo tiempo, la libertad
de expresión autóctona está sofocada y su identidad sociocultural está folklorizada o marginalizada”.
Instance Permanente des Nations Unies pour
les droits des peuples autochtones
VI° session,
New-York, 14-25 mai 2007
Thème : " Terre,
territoires et ressources naturelles "
Intervention de Belkacem LOUNES, Président du CMA
Mme
Mmes, Mrs
Tout d’abord j’adresse mes sincères félicitations aux membres de l’Instance
Permanente pour leur choix judicieux de consacrer cette VI° session à la
question cruciale de la terre, des territoires et des ressources naturelles des
peuples autochtones.
Comme l’ont dit avant moi plusieurs intervenants, cette question est
effectivement vitale pour les peuples autochtones car leurs terres et leurs
territoires restent les ultimes socles qui peuvent encore les rattacher à la
vie et leur éviter d’être des peuples virtuels condamnés à vaguer avant de
disparaître à plus ou moins brève échéance.
Avec le phénomène colonial, les peuples premiers ont perdu leur pouvoir,
leur souveraineté et leurs institutions. Aujourd’hui, c’est tout simplement
leur existence qui est directement visée par la dépossession de leurs terres,
l’occupation illégale de leurs territoires et la spoliation de leurs ressources
naturelles. Numériquement et culturellement minorisés, économiquement
affaiblis, politiquement dominés, les peuples autochtones sont de fragiles
proies dans un monde prédateur.
Pour nous Amazighs, peuple autochtone nord-africain de plus de 30 millions
de locuteurs, comme pour d’autres peuples, nos terres et nos territoires
comptent parmi les fondements de notre identité et de notre spiritualité. Dans
notre imaginaire collectif, la terre est un être vivant, elle est personnifiée,
considérée comme une mère, celle qui donne naissance, qui nourrit, qui protège,
qui élève, qui éduque, qui forme, qui fait grandir. Priver un peuple de sa
terre et de ses territoires traditionnels, c’est séparer sans raison légitime
un enfant de sa mère. C’est la plus haute des
violences, c’est un crime.
C’est ce qui se passe actuellement dans notre pays, Tamazgha (pays
d’Afrique du Nord et territoires touaregs du Sahara), où les gouvernements
dépossèdent par la force, les Amazighs de leurs terres et territoires
ancestraux et accordent à des firmes souvent étrangères, des permis d’exploiter
les terrains et les ressources naturelles sans concertation ni aucun bénéfice
pour les populations locales.
Il en ainsi du Maroc où l’Etat a recours encore
aujourd’hui, à des lois datant de la colonisation française pour exproprier des
paysans amazighs et faire exploiter leurs ressources naturelles (eaux, forêts
et minerais) sans rien leur concéder. Lorsqu’il ne peut pas utiliser ces lois
illégitimes et iniques, il oblige les paysans à vendre leur terre à vil prix
(entre 0,20 et 0,50 dollars le m²) au profit des grands exploitants agricoles
et autres spéculateurs fonciers. Les paysans-sans-terre
deviennent alors des ouvriers surexploités sur leur propre terre ou sont
contraints à l’exil intérieur ou extérieur. Et lorsque les populations
protestent, les autorités tentent d’étouffer leurs cris par les intimidations
judiciaires et la répression policière.
En Algérie, les terres et territoires des Amazighs confisqués par le
colonisateur français, ont été récupérés par l’Etat après l’indépendance du
pays et n’ont jamais été restitués à leurs légitimes propriétaires. L’injustice
la plus visible concerne la mainmise du pouvoir algérien sur toutes les ressources
naturelles et en particulier sur le pétrole, le gaz et l’eau, sans que les
populations autochtones n’aient jamais bénéficié des fruits de leur
exploitation. Les zones d’extraction des hydrocarbures et les barrages d’eau
sont déclarés zones militaires et étroitement gardés par l’armée. Les
réclamations des populations locales pour un partage équitable des revenus
issus de ces ressources et pour leur utilisation en faveur du développement
socioéconomique des régions, ne reçoivent d’autre réponse que la répression
violente, comme ce fut le cas à Tamanrasset en territoire touareg en 2006, dans
la région de l’Aurès en 2003 et en Kabylie depuis 2001.
Dans les territoires touaregs du nord-Mali et du nord-Niger, qui recèlent d’énormes richesses potentielles,
les Etats soutenus par certaines puissances économiques et militaires du monde,
pratiquent la politique du " pousse toi que je m’y mette ".
A chaque fois qu’un gisement est découvert, les populations locales sont priées
d’aller planter leur campement plus loin, sans aucun droit à la parole ni même
la possibilité de réclamer ne serait-ce q’un emploi dans les activités
extractives. Les populations autochtones impuissantes, subissent ainsi la
marginalisation, l’envahissement de leurs territoires, la raréfaction de leurs
espaces vitaux et les pollutions comme cela est particulièrement le cas à Arlit, dans le nord-Niger, où la
société française Areva qui exploite un gisement
d’uranium depuis 30 ans, est responsable de rejets radioactifs qui contaminent
gravement les personnes, les animaux, l’air et l’eau. Les taux de radioactivité
relevés par un laboratoire indépendant sont de 10 à 110% supérieurs au seuil
recommandé par l’OMS. Par ailleurs et pour des raisons économiques et
géostratégiques, le pays touareg qui recouvre le Sahara (découpé par les
frontières de 5 Etats), est devenu un objet de convoitises de la part des Etats
de la région, sous l’œil très intéressé de certaines puissances occidentales.
Il en résulte, sous couvert de combat anti-terroriste, une lutte sourde entre
les Etats pour le contrôle de ces territoires, où il n’est prévu aucune place
pour les Touaregs, sauf un rôle éventuel de supplétifs des armées
gouvernementales. Les graves menaces et les injustices qui accablent les
Touaregs et l’absence d’écho à leurs cris, les poussent régulièrement à la
révolte. La communauté internationale doit-elle attendre l’annonce des drames
pour réagir ?
En Libye, on assiste au pire des scénarios puisque l’existence même des
Amazighs est officiellement niée et quiconque se revendiquerait de cette
identité est menacé de graves représailles. Dans ces conditions, nul besoin de
dire que les ressources naturelles comme le pétrole qui sont dans les
territoires amazighs, échappent totalement aux
populations locales.
L’archipel canarien, territoire historique du peuple autochtone amazigh
Guanche, est une colonie espagnole depuis le 15ème siècle. Le
pouvoir politique et l’économie de l’archipel sont dominés par les intérêts
espagnols et les immenses recettes de l’industrie touristique sont rapatriés en Europe. Il en est de même pour les zones
maritimes de l’archipel contrôlées et exploitées par l’Espagne et ses alliés.
En même temps, la liberté d’expression autochtone est étouffée et son identité
socioculturelle est folklorisée ou marginalisée.
En définitive, dans tous les pays où ils vivent, les Amazighs sont privés
de leurs droits légitimes à leurs terres et territoires et d’un accès équitable
au bénéfice de leurs ressources naturelles. Pour un Amazigh il est possible
aujourd’hui d’avoir soif alors que l’eau abonde dans sa montagne ou de vivre
dans le plus grand dénuement alors que son sol et son sous-sol regorgent de
richesses. Cet état de fait découle de la perte de souveraineté des Amazighs
sur leurs terres, territoires et ressources naturelles suite à la colonisation
de leur pays par les européens, colonisation qui se poursuit aujourd’hui
presque à l’identique mais exercée par d’autres colonisateurs. Et c’est
véritablement cela qui met en péril le peuple amazigh.
En conséquence, nous recommandons instamment à l’Instance Permanente,
d’exiger des Etats :
1. La reconnaissance et le
respect des droits des Amazighs à leur terre, territoires et ressources
naturelles,
2. La traduction dans le
droit interne de toutes les dispositions du droit international, notamment le
droit des peuples autochtones,
3. L’abolition de toutes les
lois coloniales et post-coloniales relatives aux spoliations des terres,
territoires et ressources naturelles des Amazighs,
4. La restitution aux
Amazighs, des terres, territoires et ressources naturelles qui leur ont été
confisqués durant l’ère coloniale ou post-coloniale. Lorsque cela s’avère
impossible, leur proposer d’autres terres de nature et étendue équivalentes ou
leur verser des indemnités compensatrices équitables et librement consenties,
5. La suspension de toute
exploitation par des firmes privées ou d’Etat, des terres, territoires et
ressources naturelles des Amazighs jusqu’à la conclusion d’accords ou autres
arrangements constructifs définissant les nouvelles modalités de partage des
bénéfices de l’exploitation de ces terres, territoires et ressources
naturelles,
6. La consultation de
manière préalable, des populations amazighes sur tout projet d’investissement
et/ou d’exploitation affectant les terres, territoires et ressources naturelles
qu’ils occupent ou ont traditionnellement occupés. Le peuple amazigh doit
toujours être préalablement informé pour pouvoir décider en parfaite
connaissance de cause,
7. L’évaluation par des
experts indépendants, des dommages causés aux populations autochtones et à leur
environnement par l’exploitation des ressources minières et l’indemnisation
équitable des populations concernées,
8. Le respect effectif et la
promotion de l’article 8 de
9. La mise en place de
programmes de sensibilisation des populations amazighes sur leurs droits à la
terre, territoires et ressources naturelles,
10. L’alphabétisation des
populations amazighes dans leur langue et la valorisation de leur identité
socioculturelle ainsi que leurs connaissances, savoirs-faire
et valeurs spirituelles traditionnelles,
11. La liberté de circulation
transfrontalière des Amazighs, sur tous leurs territoires de Tamazgha,
12. La prise de mesures
administratives et législatives visant à permettre aux Amazighs toute forme d’auto-gouvernement qui leur assurerait un meilleur accès à
leurs droits fondamentaux, notamment le droit à leurs terres, territoires et
ressources naturelles.
Par ailleurs, le Congrès Mondial Amazigh recommande vivement à l’Instance
Permanente et aux différents organes compétents des Nations Unies :
1. D’organiser un séminaire
régional de suivi de l’étude du Rapporteur Spécial des Nations Unies, Mme Erica-Irene DAES, sur le thème de "la souveraineté
permanente des peuples autochtones sur leurs terres, territoires et ressources
naturelles", dans un des pays de Tamazgha,
2. D’organiser un séminaire
sur le thème de la prévention et la résolution des conflits en lien avec les
droits à la terre, territoires et ressources naturelles, dans un des pays de
Tamazgha,
3. De soutenir les
revendications d’autodétermination présentées par les peuples amazighs, conformément
à la charte universelle des droits de l’homme qui stipule que "tous les
peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. En vertu de ce droit, ils
déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur
développement économique, social et culturel", et que "en aucun cas,
un peuple ne pourra être privé de ses propres moyens de subsistance",
4. De proposer au SG des
Nations Unies, l’organisation d’une conférence mondiale sur les droits des
peuples autochtones qui pourrait se tenir en Bolivie en 2008,
5. D’agir afin que la
prochaine assemblée générale de l’ONU approuve définitivement et sans
amendements, la déclaration sur les droits des peuples autochtones telle
qu’elle a été adoptée par le Conseil des Droits de l’Homme au mois de juin
2006. La communauté internationale doit affirmer comme fondamental et
promouvoir le droit des peuples autochtones à disposer de leurs terres,
territoires et ressources naturelles.
Un dernier mot, Mme
Je vous remercie de votre attention.
B. Lounes,
Président du CMA