LES INSTITUTIONS TRADITIONNELLES AMAZIGHES
AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT

Rachid Najib Sifaw

Le principal problème rencontré, aujourd'hui, par les pays du tiers monde est, sans aucun doute, celui du développement social et économique durable. Or, la plupart des études qui en ont fait état ne le traitent que d'une manière superficielle. Car, généralement, elles ont le défaut de ne pas en présenter une analyse claire, homogène et globale.

Beaucoup d'importance a été donnée à l'économique au détriment du savoir culturel, surtout dans son volet traditionnel. Et tout effort tendant à sa valorisation est considéré comme une tentative visant plus à installer la confusion qu'autre chose. Pourtant, la rationalité, la logique et l'objectivité exigent de considérer l'économique, le social et le culturel comme des segments complémentaires.

Plusieurs chercheurs contemporains ont montré que sans le savoir culturel traditionnel, il est difficile aux politiques de développement de réussir et d'atteindre leurs buts. L'héritage linguistique et culturel local permet de surmonter bon nombre d'obstacles liés aux effets négatifs de l'utilisation de langues étrangères dans l'éducation (l'aliénation, la dépendance idéologique, l'élitisme...). Lesquelles surclassent tout naturellement les langues nationales et maternelles qui se trouvent affaiblies et définitivement inaptes à véhiculer un quelconque savoir scientifique et technique indispensable, pourtant, au développement.

Je tenterais donc, d'un part, de faire connaître une partie importante des institutions et systèmes traditionnels amazighs dont l'importance n'est plus à prouver ; d'autre part, je montrerais toute leur importance qui passe forcément par leur sauvegarde, car elles contiennent un arsenal conceptuel et fonctionnel susceptible d'aider au développement, surtout en milieu rural.

La langue et la culture amazighes contiennent des potentialités qui peuvent aider dans les efforts de développement, et donc permettre à notre pays de trouver l'équilibre entre l'ouverture internationale et la sauvegarde de ses spécificités culturelles. On peut en citer:

Le peuple amazigh a créé des institutions sociales qui fonctionnent d'une façon simple afin de gérer son espace et son quotidien. Les plus connues de ces institutions sont: tadâ et ljmaàt (anfalis). Le tadâ est une institution socio-économique connue au Moyen-Atlas, notamment chez les tribus amazighes des Ayt Attâ et Ayt Yaflaman, alors que le ljmaàt ou le tajmaàt au sens large du terme forme la population de tout un douar. Mais au sens stricte, il désigne un mini conseil composé des représentants des familles, Inflas. Son rôle est de coordonner et contrôler les activités au sein du village. Il s'agit donc d'une institution traditionnelle administrative, sociale et économique, il veille au bon fonctionnement des différentes structures, il est juridiquement encadrée par des lois coutumières azerf.

Les membres de la tribu amazighe se réunissent afin de nommer les représentants de ce miniconseil, appelés inflas ou Ayt Rbàin. Ils forment ainsi tajmaàt n taqbilt (conseil de la tribu), comité représentant la tribu. Mohammed Chafik a décrit en détail ce processus de nomination dans son livre intitulé « Aperçu sur trente-trois siècles de l'histoire des Amazighs ».

Après la composition du tajmaàt, celui-ci doit accomplir plusieurs missions. Il doit gérer toute une série d'institutions et systèmes, généralement d'ordre social et économique au détriment de ce qui est politique puisqu'elle ne dispose pas d'un pouvoir politique, car c'est l 'Amghar (le maire) qui s'en occupe. À ce propos, Robert Montagne écrit dans un article portant le titre « La vie sociale et politique des berbères »:

 « Cette assemblée que l'on désigne presque partout sous le nom de ljmaàt (anfalis) et qui est, d'ailleurs assez démocratique, n'a généralement pas de pouvoirs politiques. Elle se réunit pour veiller à l'exacte répartition des charges communes, à l'entretien de la mosquée, des chemins ou des canaux d'irrigation ».

R. Montagne fait par la suite la lumière sur quelques missions que le tajmmaât accomplit dans le contexte d'un ensemble d'institutions, telles :

Le tajmaàt (anfalis) essaie de contrôler les institutions et les systèmes ci-dessus par le biais de mécanismes dont le plus connu est le régime d'Amghar. Dans ce sens, Charles de Foucauld écrit : « Ailleurs, comme dans les qçars (ighrman) de Tissint, de Tata, l'assemblée (ljmaàt) garde entre ses mains la puissance souveraine et confie le pouvoir exécutif à un amghar qu'elle élit. Quelques fois, elle laisse ce titre longtemps dans la même maison, quelques fois elle le porte sans cesse de l'une à l'autre .»

L'ensemble des ces institutions et systèmes se distinguent par les caractéristiques suivantes:

Au total, les institutions traditionnelles ont des rôles à jouer dans l'effort de développement, car elles ont des moyens socioculturels qui le leur permettent. Aussi doit-on les prendre en considération.

Bibliographie