Vérité sur son assassinat, vérité sur les assassinats en Kabylie
Il y a déjà quatre ans, le 25 juin 1998, à Tala Bounane, sur la route de Taourirt-Moussa, son village des At Dwala, en Kabylie, est exécuté Lounès Matoub, lune de nos consciences et voix les plus radicales. On méditera longtemps encore son message, à la fois sous la forme dun CD posthume, Lettre ouverte aux..., dans lequel il fustige la?urru, la trahison, de la guerre dindépendance, et son livre de 1995, Rebelle, dans lequel il exprime ses convictions.
Ont échappé, heureusement, au massacre programmé, sa femme, Nadia Matoub
¾ devenue veuve à lâge de vingt-deux ans, quand tous les espoirs de lamour sont encore fleurissants, et qui a témoigné, en 2000, de son attachement à Lounès, dans son livre Pour lamour dun rebelle ¾ , et ses jeunes belles-surs, Farida et Ouarda, qui étaient avec lui ce jour-là dans sa voiture. Sa mère, Nna Aldjia, et sa sur, Malika, sont depuis inconsolables. Le deuil ne peut être fait, en effet, tant que lenquête sur son assassinat, toujours entravée par lInjustice algérienne, na pas abouti. Malika Matoub a témoigné, en 1999, de sa douleur dans son livre Matoub Lounès, mon frère, tandis que Nna Aldjia, exprimait la sienne, en 2000, dans un CD, Complainte pour mon fils. Ce fils unique, ce frère unique, il manque cruellement à notre famille Matoub, à la jeunesse kabyle, à la Kabylie, à tous les rebelles du monde. Mais il nous a laissé, néamoins, un précieux héritage.Lors du Printemps noir 2001, plus dune centaine de jeunes Kabyles se réclamant de son combat sont assassinés par la gendarmerie algérienne, celle-là même qui avait déjà tenté de le tuer le 8 octobre 1988 près de Aïn El-Hammam (ex-Michelet). Des milliers de blessés et dhandicapés à vie ont suivi. La fidélité au combat kabyle est chèrement payée par cette jeunesse insurgée à limage de son héros, dont elle affectionne toujours le souvenir.
Le combat de la jeunesse kabyle est, en effet, indissociable de celui de leur aîné. Lounès Matoub est à la fois, pour elle, une référence et une lumière dans la nuit noire que traverse la Kabylie depuis que la répression étatique sest abattue sur elle. La conscience de ce « maquisard de la chanson », comme aurait dit Kateb Yacine, manque considérablement à nos combats, et cest pourquoi, il faudra redoubler de vigilance pour nos luttes actuelles et à venir.
Au demeurant, cest le sens même de la démarche de la Coordination de solidarité avec la Kabylie (CSK), créée le 1er avril 2002 à Paris, dont la première marche, le 6 avril 2002, fut ouverte, fièrement, à notre grande émotion, par Nna Aldjia, la propre mère de Lounès, aux côtés des blessés du Printemps noir 2001. La CSK, qui défend la libération des délégués de village, le?rac, et semploie à organiser la solidarité avec la Kabylie, est un écho au message de Lounès, qui na cessé de combattre pour la liberté des siens. La CSK noublie pas Lounès, comme elle noublie pas les prisonniers ni la jeunesse blessée. La CSK dénonce les obstructions de lInjustice algérienne et se tient aux côtés de notre famille Matoub dans lexigence de la vérité sur lassassinat de Lounès ainsi que de tous ceux qui lont été aussi bien depuis le Printemps noir ou auparavant. Elle dénonce le pouvoir assassin, et réclame le jugement de tous les criminels dEtat ou non.
Ulac smah, ulac !!
Le combat continue !!
Coordination de Solidarité avec la Kabylie
47, rue Bénard, 75014 Paris. Tél : 01 45 45 72 44 / Fax : 01 49 81 02 32 / Email : c.s.k@ifrance.com
Paris, le 25 juin 2002